Description
FRANÇOIS CLOUET (1510-1572)
Portrait de Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, duc de Beaupréau
Inscrit "Le prince de la roche su […]"
Craie noire et rouge
31,7 x 21,6 cm
PROVENANCE:
Catherine de Médicis, par descendance à
Christine de Lorraine.
Ignazio Hugford, Florence.
Collection des comtes de Sandwich, par descendance à
Alexander Victor Edward Paulet Montagu, 10th Earl of Sandwich; sa vente, Sotheby's, Londres, 11 décembre 1980, no. 20 (comme Ecole de François Clouet), où
acquis par le propriétaire actuel.
BIBLIOGRAPHIE:
A. Zvereva, « L'Histoire de la collection de portraits au crayon de Catherine de Médicis », in cat. exp. Les Clouet de Catherine de Médicis. Chefs-d'œuvre graphiques du musée Condé, Chantilly, 2002, p. 18, note 61.
A. Zvereva, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Marie de Médicis, Paris, 2011, pp. 189, 297, 310-11, 329 sous no. 317, no. 272, repr.
Ce dessin a fait partie de la célèbre et prestigieuse collection de plus de 500 portraits dessinés, par Jean et François Clouet ainsi que leur atelier, réunie par la Reine Catherine de Médicis (1519-1589). Ces portraits, réalisés sur une période de plus de trente années, sont tous de dimensions similaires, exécutés dans une même technique et montrent les modèles en buste. Ils représentent des membres de la famille royale et de la Cour des règnes de François Ier à Charles IX. A la mort de Catherine de Médicis, les Clouet sont légués à sa petite-fille, Christine de Lorraine (1565-1637), grande-duchesse de Toscane et les dessins sont acheminés vers l’Italie. Au 18ème siècle, la collection fut récupérée par le peintre et marchand anglais Ignazio Hugford (1703-1778), établi à Florence, qui attribua tous les dessins à Hans Holbein et les dispersa, notamment en Angleterre où les œuvres de l’artiste suisse étaient particulièrement prisées. 311 de ces portraits, tous provenant des collections des comtes de Carlisle à Castle Howard, sont acquis par le duc d’Aumale en 1889 et sont aujourd’hui l’un des trésors du musée Condé de Chantilly. Un peu moins de quarante autres des portraits des Clouet de Catherine de Médicis sont aujourd’hui connus et sont dispersés de par le monde, une très grande partie dans des musées, comme, par exemple, l’Albertina de Vienne, le Fogg Art Museum, le Louvre, la Bibliothèque nationale, le Metropolitan Museum de New York ou le British Museum. Le présent dessin faisait partie d’un groupe de cinq qui appartenaient aux collections des Earl of Sandwich, avant d’être vendus aux enchères en décembre 1980 chez Sotheby’s à Londres. Présentés alors comme Ecole de François Clouet, ils ont depuis été reconnus, grâce à l’inscription caractéristique qu’ils portent et leur haute qualité technique (Alexandra Zvereva les qualifie même d’«exceptionnels, dignes des plus grand musées », op. cit. 2011, p. 189), comme faisant partie du prestigieux ensemble des dessins des Clouet ayant appartenu à Catherine de Médicis.
Le présent dessin représente Charles de Bourbon (1515-1565), deuxième fils de Louis Ier de Bourbon (1473-1520), prince de la Roche-sur-Yon, et de Louise de Bourbon (1482-1561). Il mène une brillante carrière militaire, sert dans les guerres contre Charles Quint en Provence (1536), au Roussillon (1542) et en Champagne (1544). Lors de cette dernière campagne, il est fait prisonnier près de Châlons-sur-Marne. Libéré, il accompagne le roi Henri II en Allemagne, fait partie de l'expédition chargée de défendre Metz assiégé par Charles Quint en 1552 et est nommé lieutenant général en 1557.
Sous le règne de François II, qui succède à son père en 1559, le prince se trouve présent aux conciliabules de Vendôme qui regroupent les partisans de son cousin Antoine de Bourbon, pour contrer la mainmise du pouvoir par les Guise. Ces derniers tentent d'éloigner les Bourbons en les chargeant d'accompagner la sœur du roi, Elisabeth de France lors de son voyage en Espagne où elle doit retrouver son époux le roi Philippe II. Le prince de la Roche-sur-Yon est du voyage et c'est à cette occasion qu'il remet au roi d'Espagne le collier de l'ordre de Saint-Michel (1560). En 1561, François II le fait gouverneur de la ville de Paris.
Au moment où commencent les guerres de religion, il est un catholique modéré et fait partie du groupe de familiers de la reine Catherine de Médicis qui est favorable à la politique de conciliation menée en faveur des protestants. En 1561, la reine fait du prince le gouverneur du jeune roi Charles IX. Pendant la première guerre de religion, il sert dans l'armée royale et prend part aux sièges de Bourges et de Rouen (1562). En guise de remerciement, le roi érige la baronnie de Beaupréau, en marquisat (1557) puis en duché simple (1562).
La mort accidentelle, en 1560, de son fils unique, Henri, marquis de Montespedon, l’ébranle et il passe la fin de sa vie retiré à Beaupréau, dans le Maine-et-Loire. Gravement malade, Charles de La Roche-sur-Yon y reçoit en 1565 la visite de la reine Catherine. Le lendemain, le 10 octobre 1665, il meurt à l'âge de cinquante ans, regretté de la reine et sans postérité mâle.
Sur le présent dessin, réalisé vers 1547 selon Alexandra Zvereva, comme sur les autres portraits dessinés de François Clouet, un soin particulier est porté au visage et à la chevelure, tandis que le costume est traité de manière plus sommaire. Le prince de la Roche-sur-Yon, a sa barbe taillée à la mode du milieu des années 1540. Fait rare, quasiment unique, le prince n’est pas revêtu d’un habit de cour, mais d’une armure damasquinée complète, que l’artiste esquissa rapidement à la sanguine, pour la retravailler ensuite en détail dans son atelier. Il réutilisa cette même armure quelques années plus tard pour le portrait de Johann-Philipp zu Salm-Dhaun (1520-1566), baron of Rhingrave (Zvereva, op. cit. 2011, no. 317).
Clouet a réalisé au moins deux autres portraits du prince de la Roche-sur-Yon, tous deux aujourd’hui au Musée Condé (Zvereva, op. cit. 2011, nos. 273 et 274). Ils sont postérieurs au présent dessin dont ils reprennent en partie les contours. Le premier fut sans doute réalisé peu de temps après la présente feuille. L’artiste a repris exactement la position de la tête de trois-quarts, tournée vers la gauche mais a juste arrondi davantage le visage du prince, a rendu son nez plus aquilin et allongé la moustache et la barbe. La tête du gentilhomme est couverte d’une toque plate à plumet et l’armure a cédé la place à un vêtement de cour. Le second, réalisé vers 1555 selon Alexandra Zvereva, montre le prince plus âgé, les cernes plus marquées et la barbe carrée. Clouet, peut-être avec la participation de son atelier, a également réalisé, vers 1550, un portrait de Philippe de Montespedon, l’épouse du prince de la Roche-sur-Yon, aujourd’hui au musée Condé (Zvereva, op. cit. 2011, no. 366).
The present work was part of the celebrated collection of more than 500 portrait drawings by Jean and François Clouet assembled by Queen Catherine de Médicis (1519-1589). These portraits are all of similar size, executed in the same technique and show the sitters at bust length. The drawings represent members from the Royal family and from the court of the times of Kings François Ier to Charles IX. At Catherine’s death, the portraits are inherited by her granddaughter Christine de Lorraine (1565-1637), archduchess of Tuscany and the drawings are sent to Italy. In the 18th century the portraits are bought by Ignazio Hugford (1703-1770), an English painter and art dealer established in Florence. Hugford attributes the drawings to Hans Holbein and starts to divide the group, selling many to English collectors. 311 of these portraits, all coming from the collections of the Earls of Carlisle at Castle Howard, are bought by the Duc d’Aumale in 1889. They are today one of the great treasures of the Musée Condé in Chantilly. A little less than forty of the remaining Clouet portraits from Catherine de Médicis are today located, mainly in museums (Albertina, Fogg Art Museum, Louvre, Bibliothèque nationale, British Museum, Metropolitan Museum of Art, etc…). The present sheet was part of a group of five which belonged to the Earls of Sandwich before being sold at auction in December 1980 at Sotheby’s in London. Attributed in the catalogue to the School of François Clouet, they have since been recognized, thanks to the characteristic inscription they all bear at the top and to their remarkable technical qualities, as coming from the celebrated group of Clouet drawings in Catherine de Médicis’ collection. Alexandra Zvereva has described them as “exceptional, worthy of the greatest museums of the world”.
This drawing represents Charles de Bourbon (1515-1565), second son of Louis Ier de Bourbon (1473-1520), prince of La Roche-sur-Yon, and of Louise de Bourbon (1482-1561). Charles led a distinguished military career, serving in the campaigns against Emperor Charles V in Provence (1536), Roussillon (1542) and Champagne (1544). During that campaign, he was made prisoner by the Imperial army near Chalons-sur-Marne. When finally freed, he joined King Henri II in Germany, and took part in the expedition tasked with defending the city of Metz assieged by Charles V’s troops. He was named “lieutenant general “of the French army in 1557.
During King François II’ reign – he succeeded his father in 1559 - Charles de Bourbon was part of Elisabeth de France ’s escort when she travelled to Madrid to marry Philip II of Spain. On this occasion Charles presented the collar of the order of Saint Michael to the King of Spain. In 1561, he became “Gouverneur de la ville de Paris“. When the French Wars of Religion started, he was a moderate catholic and was part of a group of courtiers close to Catherine de Médicis who was favourable to a conciliatory policy towards the Protestants. He still took part in the sieges of Bourges and Rouen in 1562. The year before Catherine de Médicis had asked him to act as “gouverneur” (private tutor) of the young King Charles IX.
In recognition of his actions the barony of Beaupréau in the region of Maine-et-Loire where Charles’s castle was located became a marquisate in 1557 and a duchy in 1562. He spent the end of his life in Beaupréau. Gravely ill, the prince received the visit of Catherine de Médicis on 9 October 1565. He died the next day at the age of fifty.
The present drawing was executed around 1547 according to Alexandra Zvereva. As with other portraits by Clouet the artist has devoted great effort to the execution of the head and the hair while the costume is less detailed. The beard is cut in a way in fashion in the mid 1540s. The prince does not wear a court dress as in almost all of Clouet’s sitters but an armour which the artist sketched rapidly in red chalk while he was in front of the sitter and that he reworked in black chalk back in his studio. He used the same armour seen from the same angle in a portrait of Johan-Philipp zu Salm-Dhaun (1520-1566), baron of Rhingrave, today at Chantilly (Zvereva, op. cit. 2011, no. 317).
Clouet has made at least two other portraits of Charles de Bourbon, both today at Chantilly (Zvereva, op. cit. 2011, nos. 273 and 274). They were made after the present one which was used as a model: the sitter is in the exact same position. The first one was probably executed soon after this one. Just a few differences can be observed: the face is a bit rounder, the nose is more aquiline, the beard and moustache are longer, and the head is covered by a flat hat with a plume. The armour has been replaced by a court costume. The last one, drawn around 1555 according to Alexandra Zvereva, shows the prince a bit older, with darker rings under his eyes and a squared beard. Clouet, possibly with the participation of his studio, has executed a portrait of the wife of Charles de Bourbon, Philippe de Montespedon, today at Chantilly (Zvereva, op. cit. 2011, no. 366).
We thank Alexandra Zeverva for her help in cataloguing this drawing.